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Les récits biographiques des stars .....

8 Juillet 2016, 13:02pm

Publié par motspourtous

Les récits biographiques des stars .....

Le maintien en vie et la construction de la postérité de la vedette disparue passent pas différents supports, différents canaux. L'écrit, le livre notamment, est le premier d'entre eux. Elvis Presley , Lady Di , Claude François , Dalida , Jim Morrison , Michael Jackson , etc. etc. etc.  sont l'objet d'innombrables biographies. La disparition s'accompagne systématiquement d'une prolifération d'ouvrages.

Narrant la vie des grandes vedettes, ce récit repose sur des faits réels, mais il les arrange parfois, atténue ou exagère leur importance. Il en oublie certains, en invente d’autres, les organise de façon arbitraire, les présente de façon romancée, de sorte qu’il n’est pas tout à fait la réalité, sans pour autant être tout à fait une fable. Quel qu’en soit le protagoniste, il emprunte souvent sa forme aux récits de la vie des romans, (compilés dans la légende dorée). Distribué en récits, romans, témoignages, il en épouse parfois la structure narrative et en remplit la même fonction célébrative. Il en reprend surtout quantité de motifs et dimensions. Chaque vedette, héroïne de ces récits, qui s’apparentent au récit hagiographique, se voit dotée des attributs, qualités et caractères qui rappellent ceux des saints, et d’une certaine façon, les définissent comme tels.

Les trois dimensions de la sainteté

La dimension vocationnelle :

Élection et prédestination

La narration de l’enfance du personnage célèbre conduit le biographe à décrire la dimension vocationnelle  de son existence et à en illustrer des différents motifs (l’appel, la prédestination, le don, l’autodidaxie, les signes…), le destin à venir de Piaf , Presley , Michael Jackson … est en effet présenté comme prévisible et se laissant deviner dès l’enfance et parfois même la naissance. Les vedettes comme les saints ou héros, sont prédestinées. Et chacun peut observer les signes de cette prédestination.

On trouve parfois, dans ces récits, les signes extérieurs de l’élection comme le lieu de naissance. Des épisodes marquants de l’enfance sont réinterprétés comme des indices de la prédestination et relus comme des éléments déclencheurs, des faits explicatifs du destin à venir. La mort d’un frère jumeau à la naissance (Elvis) , la vision d’un accident (Jim Morrison)  , une guérison « miraculeuse » (Piaf) , le rejet du père (Claude François), la souffrance du fait de son strabisme (Dalida) , une enfance sacrifiée ( Michael Jackson) , ou solitaire (James Dean), une naissance non désirée (Diana) , etc…Il s’agit souvent d’une faille, d’une souffrance, d’une douleur secrète, qui révèle l’élection et va nécessiter une revanche sur le destin.

Plus que ces éléments extérieurs ou ces épisodes biographiques de l’enfance, c’est la nature même – l’essence - de la vedette qui signale son élection : Claude François « était fait pour être numéro un » (Lohr, Pascuito, 1997, p31) il est né pour la vivre [la musique] et pour en vivre. Le destin à venir se devine aux dons de l’enfant. Talent et génie sont innés : Claude François «  avait instinctivement le génie de la scène, le sens du merveilleux, ce don particulier » (Peggy, 1998, p38), ou encore « la fibre artistique ». Edith Piaf quant à elle, est « une musicienne innée et totale » (Blistene, 1963, p43) « une tragédienne née ». Il y a chez Dalida l’étoffe d’une vedette, ce feu sacré qui brûle en vous et vous distingue de la foule » (Pascuito, 1997, p 44). Les biographes de Michael Jackson font état de son « perfectionnisme inné » et de son don : « je ne sais pas de qui il tient ça, dit Katherine, sa mère, quand elle évoque le don de Michael. Il était si doué, si jeune. Il y a des enfants particuliers. Michael en était un » (Taraborrelli, 2010, p.29) Saint Bris (2010, p.36) cite le chanteur qui explique « Moi, je suis monté sur scène parce que j’adorais ça et parce que c’était aussi naturel pour moi que de respirer. » Amélie Dalmazzo, qui a étudié les biographies de Michael Jackson, observe que selon les auteurs « cet enfant semblait être béni des dieux : Il possède un don qui, à n’en pas douter, permettra aux siens de connaître la richesse d’un don exceptionnel.

Les biographes d’Elvis sont tout aussi intarissables sur le « talent naturel » du chanteur, sur le fait qu’il chante et joue de façon « naturelle », « instinctive », « innée ».

La jeune Diana Spencer révèle également une nature particulière et des dons, des qualités innées : elle a « le don des enfants » (Cavalié, 1997, p.67), une « générosité naturelle » et sait instinctivement les faire rire et les réconforter. Elle « lit dans les cœurs et trouve les mots, naturellement ». Diana exprime un don remarquable pour communiquer. « C’est un don car cela ne s’apprend pas » (ibid., p.201) 

Autodidaxie et précocité

La prédestination va logiquement de pair avec l’autodidaxie. Le talent et le génie étant naturels, innés et de source divine et miraculeuse, ils ne sauraient être les produits d’une inculcation extérieure (Heinich, 1991, p.112) La vedette n’a pas appris son art, elle est résolument autodidacte, puisque prédestinée et élue, c’est le cas tout particulièrement de Piaf (Blistene, 1963, p.12), Michael Jackson (Saint Bris, 2010, p.85), Marylin Monroe (Shevey, 1989, p.8), Elvis Presley (Goldmann, 1993, p.82).

La précocité de la vedette liée à son autodidaxie, est incontestable et laisse entrevoir très tôt ce que sera le destin futur. Le talent, le génie s’expriment déjà dès l’enfance. Les biographes rapportent des scènes au cours desquelles la vedette, à peine âgée de quelques années, maîtrise déjà parfaitement son art et séduit un auditoire déjà impressionné.

La dimension sacrificielle

Cette vocation nécessite qu’on lui sacrifie tout. S’ajoute ainsi, à la dimension vocationnelle, une dimension pathétique : la dimension sacrificielle. Elle se décline en de multiples motifs qui, tous, témoignent de la souffrance et du martyre de la vedette, avant, pendant, et après son succès (l’enfance sacrifiée, la perte d’un parent, l’abandon et le manque d’affection, la solitude, les complexes et blessures, l’impossibilité d’une vie normale ou familiale, la marginalité, l’humilité et le désintérêt, le prix du succès, la traque, les sacrifices et renoncements…) . On retrouve là les motifs principaux de la vie des saints et les caractéristiques les plus saillantes de ces figures du catholicisme.

L’enfance sacrifiée est un motif récurrent. Rares sont les enfances heureuses, à en croire les récits de vie des grands disparus et grandes vedettes mythifiées. La misère affective, économique, sociale, psychique caractérise cette période de souffrance qui va marquer l’existence tout entière et renforcer l’idée d’une prédestination (non plus à la naissance mais lors des premières années de la vie) ; ces blessures de l’enfance ne sauraient être étrangères au destin futur. L’enfance martyrisée est présentée comme significative, à l’origine du génie et du destin à venir ; comme si la destinée miraculeuse et les qualités exceptionnelles prenaient leur source dans les blessures et déchirures de l’enfance ; comme s’il fallait avoir souffert hier pour devenir la vedette de demain.

Le tout premier drame – et le plus grand - est affectif. Cette misère des sentiments se traduit par un manque d’affection dont semblent devoir souffrir nombre de héros, à l’image de Marylin Monroe, Michael Jackson et etc.

Souvent explicative de ce manque, la perte d’un parent vient, dans de nombreux cas, bouleverser l’enfance. La perte du père (de Dalida lorsqu’elle a douze ans) de la mère (de James Dean lorsqu’il est enfant) est présentée comme une déchirure.

Si quelques futures stars voient leurs parents survivre à cette hécatombe, elles sont alors séparées de ceux-ci, arrachées à leur famille, ou encore abandonnées. Edith Piaf, délaissée par sa mère trop pauvre, est confiée à sa grand-mère maternelle, qui ne s’en occupe guère, puis à sa grand-mère paternelle (Blistène, 1963, p.59). L’absence du père de Marilyn se conjugue avec l’hospitalisation (pour maladie mentale) de sa mère. L’enfant est donc très tôt placée dans un orphelinat à neuf ans (Reiner, 1997, p.14). Diana est, quant à elle, séparée de son père, sa nurse, son frère et ses deux sœurs, parce qu’envoyée dans une école loin de son foyer (Cavalié, 1997, p.34). L’abandon peut parfois d’expliquer par le fait que l’enfant n’est pas désiré, blessure supplémentaire toujours lourde de conséquences sur la destinée prochaine. C’est vrai pour Diana (Cavalié, 1997, p.10) ou Marilyn (Reiner, 1997, p.224). S’il est désiré, l’enfant (Michael Jackson n’en demeure pas moins sacrifié et martyrisé, (Heatley, 2009, p.8 ; Fredetienne, 2010, p.15 ; Amélie Dalmazzo, 2010, p.27-28)

A cette misère affective s’ajoute la misère économique. L’enfance est souvent pauvre ou a pour décor les taudis ou la rue. Elle est marquée par le manque d’argent, les conditions de vie difficiles, la lutte pour la survie. Michael Jackson grandira dans une famille pauvre et dans un quartier défavorisé (Taraborrelli, 2010, p.22). La pauvreté d’Elvis est également présentée comme légendaire (Yancey, Lenidecker, 1978, p.84,103,104,211 ; Rogale, 1981, p.19) L’enfance de Marilyn « semble tout droit sortie d’un roman de Dickens » (Shevey, 1989, p.79 ; Loubier, 2010,p.9) Dans son orphelinat, à l’âge de neuf ans, elle «  fait la vaisselle pour cinq cents par mois » (Loubier, 2010, p.15) A dix ans, elle est ouvrière dans une usine de confection de parachutes (ibid.,p.11) puis «  est obligée de se prostituer pour vivre » quelques années plus tard, en 1947 (Stolze, 2006, p.12).

Lorsque le milieu est aisé, les biographes savent s’accommoder de ce contexte plus favorable. Diana travaille comme servante dans une famille de l’aristocratie britannique, s’occupant du ménage, des enfants  et de la préparation de grandes réceptions. La voici donc dépeinte sous les traites de « Cendrillon [retrouvant] ses chiffons ». (Cavalié, 1997, p.68)

La misère sociale, avec le thème récurent de la solitude, vient compléter le sinistre tableau d’une enfance martyrisée. La future vedette (James Dean) est livrée à elle-même, seule, renfermée (Spoto, 1996, p.44) sans amis, ni jeux, ni enfance (Michael Jackson ; Fredetienne, 2010, p.19), triste et solitaire (Diana) (Davies, 1998, p.48)

Fêlures, complexes et quête

De cette enfance misérable et malheureuse, les vedettes et grands disparus vont garder des séquelles, des blessures qui ne cicatriseront jamais, comme Michael Jackson (Lavigne, 2009, p.12) Ils vont développer une fragilité, ne vulnérabilité, mais aussi des complexes qui feront d’eux ces êtres si singuliers, si exceptionnels, et toujours si désespérés, à l’image de Marilyn et son complexe d’infériorité, son manque de confiance, sa peur que l’on se moque d’elle (Stolze, p.25-26). Ce sont les souffrances cumulées de cette enfance et toutes ces blessures reçues, ces drames éprouvés qui vont nourrir le talent et le génie, renforcer la vocation, et permettre l’accomplissement du destin. Ils sont indispensables à la volonté d’entreprendre la quête, caractéristique du cheminement du héros. Quête d’amour, d’affection de grandeur, de reconnaissance ………qui est d’abord nécessité de combler les manques, de soigner les blessures de l’enfance. Marilyn (Loubier, 2010, p.5-6). James Dean (Spoto 1996, p.278), Piaf (Troubac, 1995, p.86) ne seraient pas devenus ce qu’ils sont sans les abandons, les drames primordiaux, l’enfance dans la rue. Elvis veut devenir une star pour ne plus subir les humiliations de son enfance et pour sortir des parents de la misère. Claude François veut prouver à son père, qui veut le voir devenir comptable et désapprouve son envie de chanter, qu’il peut réussir dans ce métier, comme il veut effacer, grâce au succès, les blessures infligées par un amour de jeunesse. C’est également des blessures de l’enfance que naît la vocation de Diana à aimer, aider, donner (Cavalié, 1997, p.76)

L’âge adulte : martyre et misères du cœur et du corps

Le martyre se poursuit tout au long de l’existence et à l’âge adulte, en dépit – et plus souvent à cause – du succès, est tout autant marqué par le drame et les souffrances. Le malheur s’acharne marqué par le drame et les souffrances. Le malheur s’acharne sur Marilyn Monroe (Reiner, 1997, p.229) ou James Dean, qui sont selon Edgar Morin, les premières stars « problématiques », représentatives de « la crise du bonheur » au sein de la culture de masse (Morin 1972 et 1975, p.142). Claude François, Elvis Presley, Michael Jackson, Che Guevara, Dalida, Edith Piaf, Diana, etc. ne sont pas davantage épargnées. Ils disparaissent, comme Dalida, bien avant l’âge, au faîte de leur gloire. Dean et Monroe meurent plus jeunes encore. La mort qui frappe de façon si précoce n’est qu’un énième coup du sort dans ces existences brisées. Avant cette fin funeste, les épisodes tragiques sont nombreux, témoignant tout à la fois du sort qui s’acharne contre la vedette et de l’inaptitude au bonheur de cette dernière.

La misère affective et sentimentale joue à nouveau un rôle crucial dans le martyre des vedettes adultes et confère à l’existence cette dimension profondément pathétique. Elle fait de ces personnages des héros ou héroïnes de tragédies,  Déceptions amoureuses, ruptures, divorces, quête vaine de l’amour, fausses couches, stérilité, les épreuves parsèment la vie amoureuse, réduisant celle-ci à un long calvaire, un chemin de crois sans fin.

En dépit de toutes ses conquêtes, Elvis Presley divorce, malheureux en amour. Marilyn Monroe ne peut ni trouver l’amour, ni former de couple, ni goûter aux joies de la maternité (Stolze, 2006, p.20). Elle tombe enceinte, mais fait une syncope et perd l’enfant (Loubier, 2010, p.75) puis en 1958, fait une nouvelle fausse couche et ingurgite une forte dose de somnifères, sauvée de justesse par une de ses domestiques (ibid.,p.83).  Diana souffre de n’être pas aimée de Charles qui la repousse et la délaisse. Si elle est mère de deux enfants, elle mène une vie sentimentale et affective malheureuse (G.Saint Bris, 1998, p.322)

Lorsque la situation est moins désespérée, elle ne fait pas pour autant place au bonheur conjugal et familial, la solitude et la misère sentimentale restant le lot de ces grandes vedettes, dans le récit biographique. Michael Jackson est seul, accablé par le destin (Le Roi De La Pop de Fredetienne, 2010, p.44)

La vie adulte est également marquée par la maladie. Elvis Presley, Marylin Monroe, Edith Piaf, Che Guevara ou encore Michael Jackson sont de grands malades. Leur santé physique ou morale ne cesse de se dégrader. Les souffrances physiques de Piaf sont décrites comme légendaires et exceptionnelles. Elvis Presley cumule « hypertension, glaucome, problèmes digestifs, colonne vertébrale douloureuse » (Segré, 2003, p.100) ou encore dépression, boulimie, addiction aux médicaments …Le Che est victime de terribles crises d’asthme depuis son enfance, de tuberculose, de crises de paludisme, mais aussi selon certains biographes, de tendances suicidaires. Lady Di est boulimique et dépressive, Michael Jackson souffre d’un vitiligo (dépigmentation de la peau) et d’un lupus (inflammation de la peau) et surtout d’un rapport conflictuel avec son aspect physique qui serait le résultat de brimades paternelles.

Martyre et inaptitude au bonheur.

C’est ainsi en véritables martyrs que vivent ces vedettes devenues adultes, quels que soient par ailleurs les succès et réussites qu’elles rencontrent, la gloire qu’elles connaissent et les victoires qu’elles remportent. Leur existence n’est qu’une succession de drames, de tragédies, d’épisodes douloureux, rapportés par des biographes qui n’hésitent pas à verser dans un misérabilisme et un sensationnalisme débridés.

Diana souffre de la vie protocolaire qui l’étouffe, du fait d’être délaissée par le prince Charles, mal acceptée par la famille royale ; elle souffre de la trahison du capitaine Hewitt (un militaire qui lui apprend l’équitation) qui livre l’histoire de leur romance à un éditeur. Michael Jackson souffre d’une solitude infinie (Amélie Dalmazzo, 2010, p.31) Il raconte qu’il pleure tout seul dans sa chambre, et sort marcher la nuit, aux abords de sa propriété, espérant rencontrer quelqu’un à qui parler, avec qui se lier, puis rentre seul chez lui, et s’effondre ……(Taraborreli, 2010, p.176) . Il souffre ensuite des accusations portées contre lui et des procès retentissants, de la vindicte des médias, ou de problèmes financiers (A.Dalmazzo, 2010, p.28)

Meininger (2004, p.179) montre, à propos de Marilyn, combien les épisodes réels de l’existence, mais aussi les biographes et enfin l’actrice elle-même contribuent au récit de ce martyre…..

Les sacrifices et le prix à payer

Ces existences tragiques sont le résultat des sacrifices de la star. La vedette, comme le saint ou le Christ, a une propension au sacrifice tout autant qu’au martyre.

L’aspect christique de Che Guevara est souligné (Maurel, 2011, p.147) Le révolutionnaire se donne au peuple et l’artiste à son public. (Haddad, 2012, p.8). Mais la vedette se sacrifie « corps et âme » également à son art et à sa vocation, aux exigences du métier, à celles de son manager, de sa maison de disques ou de production, ou encore à la cause qu’elle défend. La vedette peut aussi, comme Michael Jackson, faire le sacrifice de son essence (G.Saint Bris, 2010, p.291), ou, comme le Che, de son individualité (Maurel, 2011, p.128).

Elle fait souvent aussi, comme Diana, le sacrifice de sa santé morale (Davies, 1998, p.17)

Plus systématiquement encore, ces vedettes font le sacrifice de leur santé physique. Elvis (Blachas, 1997, p.55 ; Hopkins, 1972, p.93), Michael Jackson (Heatley, 2009, p.144), Marilyn (Loubier, 2010, p.96) se donnent sans compter, malgré les médecins, les alertes, les signes évidents de fatigue, les incidents.

Plus que tout, les grandes vedettes font le sacrifice de la normalité, d’une vie calme et paisible, des joies simples de l’existence, du bonheur tranquille. Les biographes de Presley font de l’artiste un homme qui ne peut aller à l’office ni se rendre au cinéma, ni goûter aux joies de la paternité et se promener avec sa fille, ni même sortir dans la rue. Il sacrifie son couple, sa famille au succès, à sa musique et à son public (Doll, 1991, p.53)

Michael Jackson est aussi présenté comme persécuté par les médias, harcelé par les paparazzis et humilié par les tabloïds. Edith Piaf, comme Elvis ou Michael Jackson, etc. sont traqués par les profiteurs, par une cour constituée de parasites qui les pourchassent, les flattent, les exploitent, les volent. Le Che est, lui, en sa qualité de révolutionnaire, poursuivi par la CIA, qui le traque dans toute l’Amérique latine et jusqu’en Afrique, l’obligeant à vivre dans la clandestinité, caché, imitant en cela les rock stars.

La dimension christique

Une troisième dimension qui, avec les deux précédentes, compose la figure de la sainteté, apparaît très nettement dans les récits consacrés aux vedettes : La dimension christique.

Elle est dominée par l’amour du prochain, vertu chrétienne, qui devient sainteté héroïque et imitation du Christ. La générosité et la bonté, la vie consacrée et le dévouement comptent parmi les attributs de la vedette, dépeinte sous les traits d’un saint ou d’un Christ moderne. Cette dimension christique confère son sens au martyre et au sacrifice – et à leur cortège de souffrances, dépressions, tentatives de suicides ou suicides, drames et tragédies, folies et automutilations – qui ne sont ni gratuits ni inutilement pathologiques : l’existence de ces vedettes, comme celle du saint ou du Christ, est tout entière transformée en autosacrifice au service du bien, en don de soi pour les autres, en consécration altruiste. C’est à l’amour du prochain, à la délivrance d’un message de paix, à la construction d’un monde meilleur et à la réalisation du bonheur sur terre qu’est consacrée et sacrifiée l’existence de ces vedettes.

Être (Amour de l’autre, générosité, bonté)

Elles sont toutes animées d’une générosité extrême. Si les biographes rapportent, parfois, quelques caprices de stars, conduites égoïstes ou manquements à la gentillesse de certains, ils sont le plus souvent et très majoritairement prompts à affirmer l’immense bonté et l’altruisme de la vedette, qui se prolongent en dédication aux autres de sa propre existence.

Che Guevara était exceptionnellement fraternel et humain  (Maurel, 2011, p.428). Marilyn, « chaleureuse, aimante, protectrice » (Shevey, 1989, p.103) Dalida est remarquablement « généreuse » (Pascuito, 1997, p.209). Malgré ses manies, ses colères, parfois sa pingrerie, Claude François, est « adorable, humain » et possède « un cœur d’or » (Lohr, Pascuito, 1997, p.124)  Diana est merveilleusement « généreuse », « dévouée », « attentive », ( Cavalié, 1997, p.55) Michael Jackson, par exemple, était «  d’une extrême sensibilité » et « avait le cœur sur la main » (G.Saint Bris, 2010, p.166). Il fondait en larmes devant le spectacle des enfants africains affamés et déclarait qu’il ne pouvait se défaire de son regard d’enfant et regarder en adulte le spectacle de la misère dans le monde (ibid.,p.46)

Les vedettes font le bien autour d’elles en multipliant les cadeaux et les dons, en faisant profiter les autres de leur médiatisation ou de leur succès.

La générosité des vedettes est un motif particulièrement récurrent et c’est en réalité l’ensemble de la carrière et de l’œuvre qui est relu comme un don au public, un legs à l’humanité, un message d’amour, une manifestation de cet amour des autres, la preuve de la consécration de l’existence au bien, au beau, à l’humanité dans son ensemble et à la construction d’un monde meilleur.

Anecdotes et légendes

Les anecdotes, légendes, hauts faits, sont légion et illustrent cette générosité en actes de cet amour de l’autre. Elvis, « plus généreux que le Père Noël » (Stern, 1987, p.100) offre des voitures de luxe, des bijoux (Delessert, 1983, p.237 ; Rogale, 1981,p.112), des visons, des maisons (Stern, 1987, p.100), de l’argent à des aveugles, un fauteuil roulant à un handicapé (Rogale, 1981, p.103) Le récit de son existence est ainsi émaillé de multiples histoires de dons et de manifestations d’une extrême générosité. On retrouve, dans les biographies consacrées à Lady Di, toute une série d’anecdotes qui font la légende de la Princesse. Elle aide, écoute, réconforte, de nombreuses fillettes souffrant de graves maladie (Emma May, atteinte du syndrome de Turner, Bonnie Hendel, séropositive de douze ans, Danielle Stephenson, qui souffre d’une grave arythmie cardiaque), des adolescentes (Victoria Hemphill, Louise Woolock, 18 ans atteinte d’un cancer), ou des vieilles dames (Davies, 1998, p.11). Chaque histoire faisant l’objet d’un récit détaillé et émouvant, tout à la gloire de Diana Spencer.

Outre la générosité et la bonté, ces nombreuses anecdotes qui parsèment le récit biographique illustrent la grandeur d’âme, le caractère juste et noble – miséricordieux – de la vedette, qui, à l’instar du saint, sait aimer et chérir sans condition, mais aussi pardonner. Edith Piaf par exemple, est entourée par une cour qui parfois l’exploite ou profite d’elle. Mais elle pardonne, notamment à une ancienne amie de jeunesse qui se montre tout particulièrement ingrate et malhonnête. Et le biographe de s’interroger « Est-ce que ce n’est pas cela, la vraie charité chrétienne ?... » (Blistene, 1963, p.103). Trahi par ses frères et sa sœur Latoya, Michael Jackson pardonne aussi « car il est bon » (A.Dalmazzo, 2010, p.28), comme pardonnent Elvis, Dalida, Marilyn, et avant eux, le Christ.

Les « bonnes œuvres » (Galas de bienfaisance, dons et œuvres caritatives)

Tous font également la preuve de leur générosité en multipliant les dons aux œuvres caritatives ou les concerts de charité, en menant des actions humanitaires, en s’impliquant dans des associations ou en parrainant celles-ci.

Elvis Presley distribue sa fortune aux populations démunies, aux drogués (Rogale, 1981, p.103), aux « petites sœurs de Memphis », « à l’Armée du salut, aux incurables de toutes sortes » (Rogale, 1981, p.86), à des hôpitaux, des fondations, des œuvres et associations de bienfaisance (Hendrickx, 1994), distribuant des sommes « astronomiques » (Yancey, Linedecker, 1978, p.92) Les biographes du chanteur recensent les galas de bienfaisance, les associations caritatives auxquelles il contribue si généreusement ; ils produisent des chiffres, des statistiques sur les sommes considérables dépensées par le King pour ces nombreuses œuvres et causes (les malades, les enfants, les personnes âgées, les déshérités, les veuves de policiers, etc.).

Michael Jackson, dont la carrière se déroule au moment même où se développe le « Charity rock », s’implique énormément dans les causes humanitaires. Il coécrit avec Lionel Ritchie le single caritatif We Are The World. Il est à la tête d’une fondation (Heal The World) et fait des dons « de plusieurs millions de dollars à des œuvres caritatives » (Heatley, 2009, p.92) au point qu’un de ses biographes évoque un « débordement de philanthropie et de générosité ». (ibid., p.93)

Comme Elvis, il reverse les sommes astronomiques qu’il gagne aux bonnes œuvres (Fredetienne, 2010, p.65) et fait le bien à grands renforts de millions de dollars généreusement offerts partout dans le monde.

En faisant ainsi le bien, en agissant « corps et âme » pour rendre le monde meilleur et apporter bonheur, espoir, amour sur terre, partout et pour tous ; en y consacrant leur existence et en sacrifiant celle-ci à ces fins si nobles ; en acceptant une vie de martyr et en construisant leur propre tragédie pour assurer la félicité de leurs contemporains comme des générations à venir, ces vedettes réunissent la figure du martyr, du sacrifié et celle du bienfaiteur.

Faire le bien jusqu’au bout. Incarner la générosité absolue. Et léguer un message d’amour.

Le don de soi est présenté comme absolu. Le décalage entre le bonheur apporté et le malheur vécu est l’une des récurrences fortes des récits biographiques. Faire le bonheur des autres ne peut aller, semble t-il, sans la réalisation de son propre malheur.

Il n’est guère surprenant que la vedette finisse par incarner, comme le saint ou le Christ lui-même, l’idée de l’amour et la générosité.

Ces vedettes, après leur disparition, sont célébrées autant pour l’œuvre qu’elles laissent que le bonheur qu’elles ont donné, les deux ne formant bientôt plus qu’un. L’œuvre est relue comme un message d’amour, l’existence comme la contribution essentielle à la construction d’un monde meilleur. La célébration, les pèlerinages et les manifestations commémoratives sont interprétés comme les expressions d’une gratitude infinie et d’une reconnaissance pour le bonheur donné. Ils s’expliquent par la qualité de l’œuvre comme par la bonté de l’être et la générosité de l’action. C’est pour avoir rendu le monde meilleur et prodigué l’amour que les populations vibrantes et éplorées rendent hommage à Diana, Michael Jackson, à Che Guevara, etc. L'héritage laissé est tout autant une oeuvre qu'un monde meilleur et un appel à la générosité.

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PENDANT 20 ANS DAVID BOWIE STUPÉFIE LE MONDE, ENSUITE PENDANT 20 ANS, IL SAVOURE SON STATUT DE LÉGENDE.

4 Juillet 2016, 08:11am

Publié par motspourtous

PENDANT 20 ANS DAVID BOWIE  STUPÉFIE LE MONDE, ENSUITE  PENDANT 20 ANS, IL SAVOURE SON STATUT DE LÉGENDE.

Un après-midi pluvieux de novembre 1991, conduit par un chauffeur, David Bowie s’offre un périple dans les rues de Brixton, le quartier de son enfance, au sud de Londres.

Nostalgique, fumant cigarette sur cigarette, il verse quelques larmes devant son ancienne maison d’aspect victorien,  murmurant à l’oreille de l’ami qui l’accompagne : « J’aurais probablement dû devenir comptable. Je ne sais pas comment tout cela est arrivé. »

Pensait-il à son demi-frère Terry, qui l’avait initié au jazz, mort suicidé en 1985 ? Se souvenait-il de ce soir de 1955, quand son père, Haywood Jones, propriétaire de boîte de nuit reconverti en travailleur social, avait rapporté une besace pleine de disques de ces jeunes fous qui s’adonnaient au rock’n’roll ? David découvrait estomaqué, Bill Haley, Fats Domino, Chuck Berry …..Mais c’est le son féminin et sauvage, excitant, de « Tutti Frutti » qui avait emporté sa vocation. « J’ai toujours voulu être Little Richard. Il était mon idole ». C’est le plus scandaleux, le plus tendancieux sexuellement dont David s’entiche. Ce garnement précoce, qui ne quitte pas son ukulélé, surprend ses parents à qui il demande de soutenir son choix : s’inscrire dans une école d’art. L’élève Jones s’y montre gentiment assidu, sans cesse à répéter dans les couloirs des reprises de Buddy Holly  avec le fils du directeur.

A 14 ans il succombe définitivement à ses obsessions, la musique, il apprend le saxophone, et les filles, on ne le voit quasiment plus en classe.

Au cours d’une bagarre avec son meilleur ami à cause d’une lycéenne, David prend un mauvais coup à l’œil gauche qu’il manque de perdre. David aura la pupille dilatée, laissant penser que ses yeux sont de couleurs différentes.

Lorsqu’il monte sur scène pour la première fois à 15 ans en 1962, à l’occasion de la fête de fin d’année du lycée, devant 400 personnes, il souffle dans son saxo, les cheveux blonds bien ordonnés et …….Rien. Le public ne réagit pas à son charme. David Jones participera à divers groupes, enregistrant des singles sans provoquer d’adhésion. Sauf ce regard bizarre, il est un garçon conventionnel, en costume sage.

Un manager doute de la force de son nom. David Jones, c’est si banal. Il le sait. Fasciné par le personnage de Jim Bowie dans le western « Alamo », un bagarreur alcoolique joué par Richard Widmark, il l’emprunte. Mais Bowie semble encore bien frêle pour se mesurer à ceux qui dominent la décennie, Les Beatles et les Stones, de cinq ans ses aînés.

Son premier 33 tours, mi-pop, mi-variété, sort le même jour que « Sergent.Pepper’s » des Beatles. Il passe inaperçu. Les années 1960 ne seront pas les siennes.

David Bowie a 20 ans, il se cherche entre mode et rock. Le Swinging London, cette époque des minijupes naissantes, de la libération sexuelle au son des Kinks et au goût de marijuana s’achève. Bowie se décide à écrire autre chose que des bluettes romantiques, aux oubliettes les hippies. Il entend évoquer la grande affaire de l’homme en cette année 1969 : La conquête spatiale. Ce dingue de science fiction, admirateur du « 2001 » de Stanley Kubrick, conte les aventures du Major Tom dans « Space Oddity » La fusée Bowie est mise sur orbite. Ceux qui l’on connu en ce temps là décrivent un type au physique d’elfe, passif, peu actif en apparence, «  comme s’il ne voulait pas dévoiler son jeu parce qu’il n’avait pas encore de quoi flamber », décrypte un écrivain.

Quelques mois plus tard, une drôle de créature, Angela Barnett,  entre dans son existence. Elle est américaine, ancienne étudiante en secrétariat, ni laide ni belle, dotée d’un sacré caractère. En 1975, le chanteur expliquait à un journaliste de « Rolling Stone » qu’il l’avait rencontrée «  parce qu’ils sortaient tous les deux avec le même homme ». Elle et lui s’amuseront à provoquer l’establishment par ces déclarations ambiguës. Elle ira jusqu’à révéler avoir trouvé son mari au lit avec un certain Mick Jagger, ce qu’ils ne démentiront pas. Bowie, ça le fait rire. D’autant qu’il n’ignore pas que le scandale aide les ventes.

Avec Angie, il entame sa décennie extraordinaire, en même temps qu’il devient père d’un petit Zowie, rebaptisé Duncan une fois ses parents retombés sur terre.

Il inaugure sa méthode de travail : celle d’une éponge. Il absorbe les univers des uns et des autres de son entourage, de Lou Reed, l’ami de Warhol récemment croisé dont il produit l’album « Transformer », à Iggy Pop, le dur qu’il n’est pas, en passant par Vince Taylor, ce rockeur oublié. Il pique à Marc Bolan l’imagerie « glam », féminine, où les paillettes remplacent les poings américains.

Bowie est génial : il laisse croire qu’il ne se déguise pas lorsqu’il pose en collant, à moitié dénudé, sa crinière orange  ayant remplacé sa pâle chevelure. Il est Zigguy Stardust. Bowie n’existe plus, il va au-delà du simple maquillage, titille le lecteur de magazine qui s’identifie à lui en cachette, cette nouvelle idole un peu folle, dérangeante, attirante. Avec lui, un autre monde est envisageable, les normes de la société patriarcale explosent, les hommes masculins, quelle bande de ringards ! Sa vie privée suscite des interrogations. Le couple pratique l’échangisme dans un mariage « ouvert ». Bowie ne se drogue pas ou peu, il réfléchit beaucoup, comprend qu’il faut se réinventer pour continuer à plaire. Ziggy ne doit pas vieillir,  il faut le tuer avant qu’il ne lasse.

Le soir du 3 juillet 1973, au Hammersmith Odeon de Londres, il annonce : «  c’est la dernière fois que nous jouons ». Stupeur dans la salle. Le lendemain, il boit des verres avec Jagger et Lou Reed, libéré du fardeau qu’était pour lui ce rouquin de Ziggy.

Bowie déménagera aux États-Unis l’année suivante, ruiné par un manager véreux, affaibli par un mariage qui s’achève dans l’acrimonie.

S’il s’installe à New-York pour conquérir le marché américain, c’est à Los Angeles, où il séjournait pour les besoins d’un film qu’il sombre. Il sniffe des quantités astronomiques de cocaïne, se nourrit de lait et de poivrons, s’abreuve de documentaires sur le IIIème Reich, au point de tenir des propos limites sur le nazisme, dévore Nietzshe comme des ouvrages ésotériques. Un éclair de lucidité le pousse à filer de la Cité des anges, qu’il nomme « La pissotière du monde ». De cette noirceur naîtra un autre de ses personnages emblématiques,  le « Thin White Duke », ce mince duc blanc élégant, au paquet de gitanes débordant du gilet, amateur de cabaret et d’expressionnisme allemand.

C’est d’ailleurs vers Berlin la grise qu’il s’envole pour se sauver. Il devine l’émergence de la new wave, de l’éléctro, alors que d’autres restent bloqués en haut de la vague disco. Sa force : Ne pas se sentir menacé par la nouveauté de Kraftwerk mais l’intégrer à ses projets. Trois grands disques, dont «  Heroes », forment la trilogie berlinoise. Tonalité froide, peu mélodique. Et puis Bowie s’en est allé.

L’emblème de la décadence des années 1970 pose ses valises….dans la verdoyante Suisse. Il obtient la garde exclusive de son fils, ne reverra plus jamais Angie. En 1980 est publié son dernier bel album d’expérimentation, le pop « Scary Monsters », qui contient le morceau « Ashes to Ashes », où il se revisite, décrivant la Major Tom en junkie. La fête est terminée. Bowie est-il dépassé, vaincu par les années 1980 qui voient le triomphe de la Pop avec Michael Jackson ? (Avec Thriller, Michael Jackson acquiert un nouveau statut en devenant l'une des plus grandes stars  du XXe siècle)  Non, comme d’habitude, il s’adapte. Il enregistre son album le plus commercial. « Let’s Dance », en 1983.

Il devient une méga- star. C’est fascinant de penser qu’à 36 ans seulement il est un vieux musicien ayant accompli l’essentiel de sa carrière. Il ne cessera de renier cet immense succès, le jugeant faible et sans intérêt. Sa vie personnelle prend un tournant inattendu lors du tournage des « Prédateurs », avec Catherine Deneuve et Susan Sarandon. Il tombe amoureux de cette dernière, avec qui il partagera trois ans de sa vie. Si Bowie gagne enfin de l’argent dans ces années là, et beaucoup, il n’a plus la même frénésie créative. Les coiffures sont plus sobres, les costumes déments rangés dans les placards. Il ne ressent plus le besoin de créer une mythologie à chaque CD. Voilà ce qu’il expliquait en 1987, quand on le questionnait sur ses multiples transformations : « Je n’aurais jamais eu le courage d’aller au-devant du monde pour chanter mes chansons. Il a toujours été question de développer un personnage intéressant. Mais ce n’est plus vrai aujourd’hui ». Il savoure, en bourgeois, son statut de légende du rock désintoxiquée.

En 1992, il se marie une seconde fois  avec le mannequin somalien Iman. Pas de scandale, pas de déclarations tapageuses, ils auront une fille. Alexandria, surnommée « Lexi ». Il semble qu’il ait mis autant d’énergie à mener une existence anonyme dans le quartier de Soho, à New York, qu’à dominer la scène musicale à 25 ans. Il y aura d’autres disques, d’autres tournées, d’autres collaborations, mais rien de comparable avec l’excitation qu’il suscitait en 1972.

En 2013, le Victoria and Albert Museum de Londres puis la philharmonie de Paris consacraient une rétrospective à son univers.  Elle était titrée «  David Bowie Is », « David Bowie est » …A chacun de compléter la phrase, tant l’homme a été un caméléon, capable de toutes les audaces.

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DAVID BOWIE a fait de sa mort une oeuvre d'art.

30 Juin 2016, 07:30am

Publié par motspourtous

DAVID BOWIE a fait de sa mort une oeuvre d'art.

Il s’était une nouvelle fois réinventé. David Bowie savait qu’il était condamné. Les médecins lui avaient diagnostiqué un cancer du foie, à l’issue fatale. Alors pour tenter de conjurer le sort, Bowie s’est lancé dans une course folle au travail. Quand il convoque des musiciens de jazz New-Yorkais, en janvier 2015, pour l’enregistrement de son futur disque, seul le producteur Tony Visconti  est au courant de son état de santé. Depuis sa disparition médiatique en 2004, David Bowie ne parle plus. Le mystère étant une part essentielle de son succès, il sait que moins il en dira, plus on parlera de lui. La technique a magnifiquement fonctionné en 2013, pour la sortie de « The Next Day », couvert d’éloges par la presse mondiale, sans le moindre mot du maître. Alors autant mettre en scène son départ qu’il sait inéluctable. Bowie conçoit donc l’album « Blackstar » comme un testament et imagine le personnage de Lazarus,  sa dernière incarnation, dans une vidéo mise en ligne deux jours avant son décès. Lazare est ce personnage des Evangiles qui revient de la mort grâce à l’intervention de Jésus. Ici Bowie apparaît dans un lit mortuaire, les yeux bandés, le visage émacié. Son double sort d’un placard, griffonne quelques mots dans un carnet avant de repartir dans l’au-delà. Une manière presque violente de mettre un terme à une carrière brillante. Emouvante aussi. Quelques heures après l’annonce officielle de son décès, l’ami de toujours, Tony Visconti, le seul habilité à prendre la parole, s’exprime sur les réseaux sociaux. Et confirme le désir de postérité. « Il a toujours fait ce qu’il voulait, et il voulait le faire à sa manière, et de la meilleure manière possible. Sa mort n’est pas différente de sa vie – une œuvre d’art. Il a fait « Blackstar » pour nous, un cadeau d’adieu. Je savais depuis un an que ça se terminait ainsi. Mais je n’étais pas prêt. »

Personne n’avait imaginé que Bowie pouvait partir si vite, si soudainement. Les rédactions des hebdos musicaux sont les  premières désemparées. De là haut Bowie devait sourire. L’homme s’est joué toute sa vie des médias comme du public. Il avait l’art de ne rien dire, même dans les rares interviews qu’il donnait. Sortir des questions musicales, c’était s’embringuer dans un délire purement « Bowiesque » sur l’état de la création contemporaine ou les philosophes qu’il aimait. En pleine période Ziggy Stardust,  quand on lui demande pourquoi il s’est accoutré de telle manière, Bowie cite Michael Foucault : « Toute pensée moderne est sous-tendue par l’idée que le pensable est impensable ». Jolie manière de brouiller les pistes.

Depuis le 25 juin 2004, jour où son cœur lui fit comprendre qu’il était mortel, Bowie s’était même pleinement retiré du monde, comme lassé du cirque médiatique qui entoura son malaise cardiaque.

Installé à New York dans un très beau penthouse de Lafayette Street, en plein Soho, il décide de se consacrer à sa vie personnelle, coupant quasiment tout contact avec le monde de la musique. En 2008, une première rumeur fait frissonner ses fans : l’idole souffrirait d’un cancer. Aucun démenti, évidemment de la part du chanteur, qui répond à sa manière avec la parution de l’album «  The Next Day » cinq ans plus tard. Non David n’est pas malade il travaille en secret….

En réalité Bowie ne semblait pas aimer  la célébrité. Depuis  les années 1970 il avait déjà pris goût à la vie de reclus. Son malaise fut encore plus grand en décembre 1980 : Il jouait alors « Elephant Man » à Broadway et Mark David Chapman, l’assassin de John Lennon, révéla avoir pris des places pour la pièce dans le but de tuer également le chanteur. Officieusement parano, Bowie s’installe dès lors en Suisse. Dans magnifique manoir  près de Montreux qu’il ne quitte qu’en 1992, lors de son mariage avec Iman. Pour mieux se mettre à l’abri du monde, Bowie organise aussi intelligemment la gestion de sa fortune. Lors de sa signature avec le label EMI, au début des années 1980, il réussit à obtenir une avance de 15 millions de livres, alors un record absolu. Dès 1997, il introduit son catalogue de chansons en bourse, ce qui lui assure de confortables revenus.

Dans l’ombre, Bowie est fidèlement assisté de Coco Schwab,  ancienne fan devenue secrétaire, puis femme à tout faire. Sa réponse la plus courant quand on le sollicite est « Talk to Coco », le tout dans un grand sourire carnassier. Mais c’est Iman qui a veillé sur lui les derniers mois. Lui qui tenait à vivre le plus longtemps possible pour voir leur fille grandir.

Même si on ne le voyait plus sur scène depuis 2004, Bowie avait néanmoins participé à différents projets : Une chanson avec Arcade Fire, une participation au  concert de Davis Gilmour, à Londres en 2006, une apparition aux côtés d’Alicia Keys.

Récemment il était fier de voir le metteur en scène Ivo Van Hove adapter le film « L’homme qui venait d’ailleurs » à Broadway, pour lequel il avait composé quatre chansons. « Il n’avait pas pu vivre toutes les répétitions, car il était malade, a raconté Van Hove, mais j’ai vu un homme lutter. Il s’est battu comme un lion et a continué à travailler comme un lion. »

Le 7 décembre dernier, David fit donc sa dernière apparition publique à New-York pour la première de « Lazarus », au théâtre Workshop où il monte sur scène lors des saluts.

Mais une fois le rideau tombé, l’icône s’écroule. Bowie ne restera pas à la fête donnée dans la soirée. Impossible de deviner pour autant qu’il entrait dans le dernier mois de sa vie. Il ne voulait rien laisser paraître de sa réalité.  Complice fidèle : Brian Eno, un temps membres de Roxy Music, avait échangé des courriers électroniques avec David par plus tard que la semaine précédente : «  Merci pour tous nos bons moments, Brian, lui écrivait David. Ils ne pourriront jamais. » « J’ai compris, le jour de sa disparition, a dit Eno, que c’était sa manière de me dire au revoir. »

Enigmatique jusqu’au bout, Bowie aura réussi malgré tout à écrire la fin de sa vie selon sa propre volonté. 

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7 ans après le décès de Michael Jackson :

25 Juin 2016, 16:33pm

Publié par motspourtous

7 ans après le décès de Michael Jackson :

Depuis sa mort, le 25 juin 2009, Michael Jackson  a été impliqué dans quatre affaires judiciaires : le procès du docteur Murray, celui du promoteur de concerts AEG et de sombres histoires de pédophilie....

Depuis sa mort il y a sept ans, Michael Jackson n'a jamais vraiment reposé en paix !

À peine le procès opposant sa famille au promoteur musical AEG se termine-t-il, qu'un autre entre en chantier. En 2013, le danseur et chorégraphe des stars " Wade Robson" , sort de son silence. pour  accuser le chanteur d'être un "pédophile et un tyran sexuel".
Robson a porté plainte au printemps 2013 et son procès a eu lieu en 2014  (non lieu) ,  Lui aussi réclamait  une somme astronomique : 1,5 milliard de dollars. 

L'avocat de la famille Jackson l'a dit seulement motivé par l'argent :  Wade Robson n'a pas toujours tenu ces propos. En 2003, quand Michael Jackson avait été accusé de pédophilie par plusieurs enfants, il avait affirmé n'avoir jamais été agressé

James Safechuck avait également décidé de porter plainte contre Michael Jackson pour abus sexuel, pour des faits qui remontaient à 25 ans. Dans le passé, lorsque son nom avait été évoqué pour parler de victime potentielle, l’Américain avait pourtant toujours nié avoir été harcelé par le Roi de la pop.
Selon Howard Weitzman, représentant légal du clan Jackson, les faits reprochés dépassaient la période requise par le principe de prescription établi à vingt ans aux États-Unis dans pareilles circonstances. D’après l’avocat, les motivations de James Safechuck étaient surtout financières. Il s’appuyait notamment sur plusieurs déclarations du jeune homme qui avait témoigné sous serment en faveur de Michael Jackson lors de précédentes affaires.
 

Le 22 juin 2016 ce sont les révélations publiées  par le site américain Radar Online qui ravivent   la polémique.    " Un rapport de police de 2003, jamais publié,  révèle au grand jour les véritables penchants du chanteur. On parle de torture d'enfants nus, de torture d'animaux,  de bondage féminin, et de sadomasochisme ",  images à l'appui !  (un truc de dingues) ... Cela prend néanmoins  une certaine saveur, puisque les propos sont repris par les plus grandes chaînes d'information de la planète ! Plus c'est décadent, plus cela donne envie d'être lu .....Les professionnels du scoop le savent bien.

Dans un communiqué, les proches du Roi de la Pop dénoncent : "ceux qui continuent d'attirer des clics internet racoleurs en exploitant honteusement Michael ignorent le fait qu'il a été acquitté par un jury en 2005 de chacun des 14 chefs d'accusations salaces qui avaient été portés contre lui lors d'une chasse aux sorcières infructueuse".

Jermaine Jackson : «Toutes les preuves disponibles et les rapports ont été montrés aux jurés en 2005. Michael a été désigné non coupable à l'unanimité.»  «Le juge Melville dans un communiqué de presse avant le procès, a stipulé que les procureurs avaient confirmé qu'aucune pédopornographie n'avait été retrouvée.»

Mais voilà pour les Américains, il y a l'effet que la célébrité de certains accusés exerce sur un jury.  Pendant la séléction du jury, il devient clair que de nombreux jurés éventuels faisaient de leur mieux pour se faire recruter, alors même que la longueur  prévue du procès allait constituer un fardeau pour eux. Des gens vinrent du monde entier pour assister au procès, et quelques jurés, sous le charme de Michael, manifestèrent un comportement pour le moins curieux. A l'appui de ces dires, l'un d'eux apporta secrètement dans la salle où siégeait le jury la vidéocassette d'un reportage télévisé sur le procès. Après l'acquittement unanime de MJ de tous les chefs d'accusation retenus contre lui, deux des jurés déclarèrent à la télévision qu'il était en fait coupable et qu'ils comptaient écrire un livre sur cette affaire.

(La publication de livres écrits par des jurés constitue un problème tenace dans les affaires mettant en scène des personnes célèbres. Pour de nombreuses personnes, la signature d'un contrat avec une maison d'édition représente la meilleure occasion de leur vie de gagner beaucoup d'argent, et la tentation peut être irrésistible....) 

Les observateurs judiciaires concèdent qu'en vertu de la liberté d'expression reconnue dans le premier amendement de la Constitution, les jurés ont le droit de coucher par écrit leurs réflexions sur l'affaire qu'ils ont entendue, mais la plupart des détracteurs sont finalement convaincus que cette pratique peut avoir un effet malsain sur le système du jugement par jury.

Dans les affaires fortement médiatisées, les procès devant juge et jury sont souvent si compliqués que les accusés suffisamment fortunés se font représenter par une équipe juridique de très haut niveau, de ce fait certains pensent qu'ils détiennent un avantage certain, ce qui nourrit la perception que ce système favorise les nantis.

On peut, bien sûr, critiquer le fonctionnement de la justice américaine, déplorer certaines mises en scène.  Mais il n'est pas possible d'ignorer une réalité : aux États-Unis, personne n'est à l'abri du glaive de la justice. Les hommes de renom comme les politiciens.

Enfin, pour conclure, je pense que ces douces images valent mieux que mille mots.

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Le business post-mortem !

20 Juin 2016, 13:07pm

Publié par motspourtous

Le business post-mortem !

« Michael Jackson vaut davantage mort que vivant » affirme Joe Jackson, à propos de son fils. Cet illustre disparu constituait déjà de son vivant des sources de profits énormes. Mort il est plus rentable encore !

« Le business » des stars disparues est en effet considérable, au point de régulièrement faire la Une des journaux et magazines.

La magazine économique américain Forbes publie chaque année un classement des revenus des vedettes disparues qui témoigne de ce que beaucoup d’entre elles rapportent davantage que nombre de vedettes bien en vie, et parfois davantage mortes que vivantes. (Michael Jackson  est la personnalité décédée qui gagne le plus d'argent) voir ici et ici

Ces vedettes disparues si rentables sont des sources de profits pour l’ensemble des acteurs qui participent à la construction de la postérité et au développement du culte. Ceux-ci défendent un premier intérêt et poursuivent un premier objectif, tous deux financiers et économiques. Les héritiers, détenteurs du droit d’exploitation de l’image et du nom, le cercle le plus large des proches, l’industrie du loisir, des médias, du cinéma, du disque, l’industrie de la publicité ou du tourisme, la ville qui a vu naître et grandir la vedette, ou celle qui devient lieu de pèlerinage, tous ceux qui interviennent dans le processus de pérennisation et de sacralisation tirent profit de cette carrière posthume. Ce profit, indéniablement, est une conséquence autant qu’une explication de la construction de la postérité.

Source de profit de son vivant, la star est ainsi promise à la postérité pour rester une source posthume de profit. Tous les acteurs de la postérité vont participer au processus de pérennisation, à la fois pour conserver et développer leurs gains, et en accroissant ceux-ci. En œuvrant pour réaliser des bénéfices, c’est-à-dire en exploitant l’image, le nom, le catalogue de la star, ils contribuent à son succès posthume.

Il est somme toute assez symbolique que la carrière posthume de nombre de ces vedettes disparues soit gérée par des sociétés, dont l’objectif premier est de réaliser des profits, et qui, pour ce faire, doivent préserver, défendre et développer la mémoire de la vedette. Il s’agit là d’un capital qu’il faut faire fructifier.

Il y a un deuxième type d’explication à la postérité des «  illustres disparus » et à la ferveur qu’ils suscitent des années ou des décennies après leur mort : l’explication politique ou idéologique.

Ces célébrités disparues ont en commun de fédérer les individus, de rassembler les peuples. Objets de consensus, elles font (ou presque) l’unanimité.

Au cœur d’une entreprise de sacralisation et d’héroïsation, ces grands disparus conjuguent une double figure ; « une figure de rupture, de transgression, de division : c’est le geste fondateur inouï, inadmissible, que seul peut assumer le héros, et qui est lié à son pouvoir magique » (Boudrot, 2001, p.179), mais aussi et surtout «  une figure de consensus, de cohésion, de modération : le héros par sa stature, sa présence dans l’imaginaire collectif, unifie la communauté, assure sa cohésion » (ibid.,p.179) Tout groupe, toute communauté, toute société, toute nation, doit se doter de telles figures tutélaires et fédératrices, rassembleuses et unificatrices.

Or la nation entière, parfois le monde entier, aime, puis pleure et enfin vénère, les Elvis Presley, Michael Jackson, Marylin Monroe, Lady Diana, Prince ou Mère Teresa. Les rassemblements spontanés à l’occasion de l’annonce de la disparition puis la mobilisation et le déferlement d’émotion, de ferveur et d’hommages lors des funérailles de la célébrité témoignent tant de la popularité de la vedette que de sa capacité à unir et rassembler.

Aussi,  les États, administrations, gouvernements, autorités, ont-ils intérêt à promouvoir ces vedettes illustres, leur œuvre et leur action, et à favoriser leur entrée dans la postérité. L’unanimité dont elles bénéficient et la fonction fédératrice qu’elles remplissent (déjà de leur vivant, et plus encore après leur disparition) leur assure d’une certaine façon postérité et plébiscite populaire et fervent. (s'attacher l'image d'une star célèbre augmente l'aura électorale de l'élu).

Ces illustres disparus, héroïsés et sacralisés, sont de surcroît porteurs des valeurs de la société de consommation, de l’économie capitaliste. Symboles d’un ordre moral, social et politique, ils sont promus par cet ordre politique et marchand,  qui trouve en eux des ambassadeurs, ou qui les façonne comme tels.

Des célébrités (Jim Morrison, John Lennon, Kurt Cobain, Michael Jackson, Prince..etc) moins conformes à l’ordre social, politique, économique dominant, sont moins consensuelles de leur vivant, mais vont le devenir après leur disparition. Elles vont être, du fait notamment de la ferveur populaire que leur mort déclenche, plébiscitées et promues par ceux-là mêmes qui les auront parfois critiquées et condamnées. Ces artistes disparus deviennent des héros adulés, au sein d’un système social et politique, d’une industrie du disque et du divertissement, d’un ordre économique et marchand, qu’ils ont parfois rejetés mais qui les consacrent et les célèbrent. Cette consécration ne va pas sans un travail d’édulcoration, de dépolitisation de leur action, de leur œuvre et de leur image. Actions, œuvre et image se trouvent débarrassées de leurs éléments subversifs et contestataires. Ces personnages devenus héros sont policés, aseptisés afin d’être transformés en objets commerciaux, apolitiques, populaires, neutres, universels ; en produit de masse, déversés sur le marché de la gloire et de la postérité, avec le soutien d’un lancement marketing, d’une campagne promotionnelle et commémorative, célébrative et publicitaire. Ces vedettes contestataires disparues perdent ainsi, lors de leur carrière posthume, de leur pouvoir de subversion, de leur force contestataire. Elles gagnent en valeur symbolique et commerciale ce qu’elles perdent en valeur d’opposition et de contestation.

L’acte militant de l’admirateur et son adhésion à des formes de rejet ou critique idéologique, économique, politique, sociale, culturelle, sont réduits à la pratique du culte, à la dévotion, à la « consommation » du caractère révolutionnaire et contre culturel, antisocial, de la figure adorée. L’admirateur « rebelle » peut ainsi être rejoint par l’ensemble du corps social, dans une célébration unanime d’une vedette débarrassée de ses éléments spécifiques, subversifs et « clivants ».

L’importance et l’efficacité de ce processus d’édulcoration, de dépolitisation, et « d’évacuation du réel » de l’œuvre et de l’image, de ces personnes illustres, se vérifient de façon d’autant plus criante que la victime du processus est subversive. Si des rock stars ou Pop star (et leurs œuvres) subversives et contestataires ne résistent pas au processus, les leaders révolutionnaires, promis à la postérité et à la célébration n’y résistent pas davantage : Che Guevara en est l’illustre et Ô combien visible exemple.

Héros de la révolution cubaine, devenu le symbole universel de la lutte contre l’injustice, la tyrannie et l’oppression, il s’est rapidement trouvé au cœur d’un considérable business qui repose sur la commercialisation de son nom et de son image, et d’un vaste ensemble de produits dérivés à son effigie. Le nom du et l’image du Che (la fameuse photographie prise par Alberto Korda et stylisée par le peintre Jim Fitzpatrick)  figurent sur les posters qui ornent les chambres des adolescents dans le monde entier, ou sur les tee-shirts recouvrant le torse de personnes souvent fort éloignées de la cause marxiste et internationaliste. On retrouve ce nom et ce visage sur des vêtements (casquettes, boucles de ceintures, écharpes, caleçons, sacs de toile, T-shirt ), des éléments de vaisselles, divers accessoires (des briquets, cendriers, porte-clés, drapeaux, calendriers) ou même sur des jouets. Ils sont utilisés pour illustrer nombre de campagnes publicitaires (Liberty Surf, des lunettes de soleil Jean-Paul Gaultier, la banque Luxembourgeoise Dexia, une marque de soda El Che Cola, les glaces Magnum, etc…) Déclinés sous toutes les formes, et distribués dans le monde entier, le Che, son nom, son image et son mythe sont devenus un accessoire de mode, une marque, un « produit global », et le symbole d’une révolte apolitique et universelle, fédératrice et consensuelle, d’une rébellion inoffensive et idéalisée, esthétique et romantique. Ils ont permis et permettent encore à des industriels et professionnels du marketing de réaliser des profits considérables, et ils témoignent de la faculté du système capitaliste de « récupérer » jusqu’à ses plus ardents opposants (et les valeurs et idéaux les plus contestataires et subversifs), pour en faire des produits de consommation de masse, inoffensifs et lucratifs.

Mais ce n’est pas tout. A tout point de vue, la mort rend bankable. A propos de Michael Jackson, Il y a aussi l’utilisation de  ses morceaux de musique dans des spots publicitaires, des émissions de télévision ou encore des films, etc... moyennant des sommes  rondelettes versées aux divers ayants droit.  Comme sur les marchés financiers, le cours des artistes évolue au fil du temps et des événements !  Et la mort rend l’inadéquation de l’offre à la demande très intéressante.

Je ne rentrerai pas dans tous les détails, mais dans le même acabit,  je peux également évoquer les spectacles destinés à rendre hommage à Michael Jackson, les fan-clubs qui ont vocation à promouvoir l’image de la vedette et encourager la passion, la ferveur sinon le culte. Les clubs sont également des instances organisant des manifestations ( concerts, rétrospectives commémorations, voyages dans les lieux de culte, invitation de tel proche, collaborateur ou spécialiste de la vedette, séances de dédicaces d’un biographe etc… Les clubs ont en outre des lobbies de pression efficaces pour assurer la postérité de la vedette et la défense de sa mémoire. Des actions peuvent être ainsi entreprises (pétitions, manifestations, collectes de fonds) pour que soit rebaptisée une rue, boycotté un ouvrage diffamant, ériger une statue,  inaugurer une plaque commémorative, déposer des fleurs autour du disparu etc…. les clubs éditent souvent des magazines, ou des fanzines et proposent à la vente de nombreux produits en lien avec la célébrité, depuis des CD, bibelots, posters jusqu’à des voyages ou des participations à des événements particuliers. D’autres, à l’image des innombrables « Michael Jackson Fan-Clubs » sont des sites de grande ampleur, aux multiples rubriques. Ces clubs se présentent à leurs membres comme une famille, le président tenant souvent le rôle de patriarche, tirant sa légitimité de l’ancienneté de son culte, de son engagement sans limite et de sa grande connaissance de l’artiste et de son œuvre. Figure tutélaire, paternelle, il met souvent en avant le caractère désintéressé de son association (association loi  1901 à but non lucratif conduisant des activités lucratives) et insiste sur la convivialité, la chaleur et la solidarité autant que le dévouement à la vedette, qui y règnent. Les fans sont souvent bien convaincus du caractère accueillant, soudé et familial de leur club, y ayant noué des liens forts.  Les fans  alors hors contexte d’hostilité de l’extérieur, d’incompréhension par l’entourage, de disqualification de la passion et du statut de fan, trouvent parmi les pairs et dans le club un refuge, un îlot de paix, un espace où la vedette, le fan et sa ferveur sont non seulement admis et normalisés, mais également valorisés, promus et encouragés. Le fan peut alors laisser libre cours à sa passion, dans cet univers où norme et système de valeurs ont été redéfinis et se conforment aux siens propres. Il peut proclamer sans honte son amour pour la célébrité, dire l’ampleur de son investissement, annoncer les gestes excessifs ou spectaculaires de sa passion (sacrifices, dépenses, émotions…) revendiquer l’importance de sa collection de disques ou CD, DVD)  etc…Le fan découvre aussi de nouvelles règles et normes, sans cesse objets de réajustement, s’initie aux pratiques, aux gestes et aux formes valides d’expression de la ferveur, découvre les conduites réprouvées par le groupe, les interdits, les limites à ne pas franchir. Etc…Tous ceux qui interviennent dans le processus de pérennisation et de sacralisation tirent profit de cette carrière posthume, les profits sont tels qu'il serait absurde de s'en priver. Or à bien y regarder très peu s'en privent. Sauf les bloggeurs dont les pages Web sont appelées à rester tout à fait personnelles et non encadrées.

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