Publié le 19 Décembre 2014

LE ROI MESSAGER : MICHAEL JACKSON  et la politique  #BlackLivesMatter

Au moins 25.000 manifestants ont paralysé des quartiers de New York et des milliers d'autres ont défilé à Washington, dans une nouvelle intensification des rassemblements qui réclament à travers les Etats-Unis justice pour des Noirs tués par des policiers blancs.

Les manifestations  dans la capitale américaine, à New York, à Boston et à Berkeley (Californie) sont parmi les plus importantes depuis le début du mouvement déclenché par la mort de Michael Brown, abattu alors qu'il n'était pas armé le 9 août à Ferguson (Missouri).

Les décisions de deux grands jurys d'exempter de poursuites les policiers blancs responsables du décès de Michael Brown et de celui d'Eric Garner, à New York en juillet, ont attisé la colère.

A Washington, ville qui a déjà accueilli dans le passé de grandes marches pour les droits civiques, la manifestation était organisée à l'initiative du pasteur Al Sharpton, figure des droits civiques aux Etats-Unis. Sous le mot d'ordre "Justice pour tous" ("Justice for all"), elle a notamment rassemblé des membres des familles de Michael Brown, d'Eric Garner, de Tamir Rice et de Trayvon Martin, des Afro-Américains tués par des policiers blancs.

"Ce n'est pas une marche des Noirs contre les Blancs", "c'est une marche américaine pour les droits des citoyens américains", a déclaré Al Sharpton, appelant le Congrès à agir.

Michael Brown, 18 ans, a été tué au cours d'une altercation avec un policier début août à Ferguson (Missouri). Tamir Rice, 12 ans, a été abattu par un policier à Cleveland (Ohio) alors qu'il jouait avec un pistolet factice fin novembre. Akai Gurley, 28 ans, a été tué par un policier blanc, également fin novembre, à Brooklyn, après un coup de feu accidentel.

Où sont toutes les célébrités ? demande DB Anderson  écrivain et stratège  basé dans la région métropolitaine de Washington DC.

C’est une question que les  nombreux partisans de protestations #BlackLivesMatter se posent. Dans ce moment de grande agitation, certains ressentent un manque de leadership de ceux qui ont des plates-formes de médias à travers le monde.

Beaucoup d'acteurs noirs et musiciens ont fait des déclarations publiques pour exprimer leur tristesse et leur  frustration sur les décisions du grand jury pour Michael Brown et Eric Garner. John Legend a fait venir des camions de nourriture pour nourrir les manifestants à New York. La célébrité du Hip-Hop : J. Cole a rejoint les marcheurs. A Philadelphie le rappeur Moody a écrit une chanson, "We're Worth More." - ( nous méritons plus d'égards) .

Mais il y a le sentiment que les super-célébrités n’ont pas vraiment adhéré. La déclaration de Pharrell a été moins que satisfaisante pour certains. Où est Oprah? Où est Tyler Perry? Où est Beyonce? Telles sont les questions que j’ai lues  sur mon Twitter ces dernières semaines.

Je pense,  que quelque chose d'autre que l'apathie est vraiment à l'œuvre ici : la peur et l'inquiétude. Les  artistes craignent que leur prise de position politique puisse compromettre leur réputation et leur carrière. Toute déclaration politique peut favoriser une réaction et coûter un certain prix. Les carrières dépendent de la bonne volonté des entreprises, des maisons de disques pour les sponsors aux stations de radio.

Michael Jackson n'a jamais eu peur de se battre pour la vérité telle qu'il la voyait. Nous pouvions toujours compter sur Jackson pour  être le leader mondial de la bande, et donner la parole à tout ce que nous ressentions. Son engagement est un trésor d’activisme social. La famine. Le SIDA. La Guerre. La violence des gangs. Les relations interraciales. L'environnement. C’est Jackson qui a mis l’accent pendant ses concerts sur Sarajevo déchirée par la guerre. C’est Jackson qui a réuni des artistes pour une chanson de charité et un concert après le 11/9. C’est Jackson qui a utilisé chaque once de sa célébrité mondiale pour faire une différence. Il était toujours là.

Ce qui est arrivé à Jackson pour son engagement était bien pire que de perdre des ventes. Car en vérité pour le pouvoir, Jackson lui-même était une cible, et il a pris un maximum. Les pires coups de feu sur lui ont été tirés par un procureur de district blanc en Californie qui l'a poursuivi sans relâche pendant 12 ans et l'a accusé de crimes odieux qui ont été totalement réfutés au procès.

Personne ne semble jamais  relier ces points: Un très grand chanteur, très influent, un très riche homme noir a été aux  prises d’un procureur blanc sur de fausses accusations.

En effet, pour Jackson le silence était assourdissant. Il a perdu ses sponsors et a eu des problèmes financiers auxquels font face exactement ceux qui se réfèrent à Questlove. Le scepticisme quant à son vitiligo (plus tard vérifié par l'autopsie) les accusations de blanchiment de peau lui avaient déjà coûté quelques partisans. Ses collègues artistes ont été renfloués par ses protestations contre les machinations de son label pour lesquels  il a vertement été moqué dans la presse. Madonna après sa mort a déclaré : «La plupart d'entre nous lui avaient tourné le dos ».

En 1996, Jackson s’est associé avec Spike Lee pour créer le court-métrage de sa chanson, "They Dont Care About Us". Vous  ne l’avez peut-être jamais vu cependant, car il a été interdit à la télévision américaine. Les stations de radio aux États-Unis étaient réticentes à  passer cette chanson sur les ondes, parce que Jackson avait été accusé d'utiliser en elle un langage «raciste».

La chanson a été, en grande partie, ainsi que la vidéo,  une réponse à l'échec de condamnation des  coups assénés par les policiers en 1992 contre Rodney King, mais aussi pour sa propre expérience terriblement dégradante de la brutalité policière en 1993.  En relisant les critiques de la chanson, on peut aujourd'hui  secouer la tête en signe d'incrédulité pour  leur mauvaise foi. Il est évident que pour certains au pouvoir à l'époque, c’était une chanson dangereuse, et les objections  étaient simplement une tentative de la détourner du public.

Ce qu'il nous faut, disait Questlove  l'autre jour, ce sont " des chansons avec  cet esprit en elles. Des Chants avec des solutions. Des Chansons avec des questions. Des Chansons de protestation qui ne soient pas ennuyeuses mais dansantes ... Juste pour dire la vérité."

Sur Twitter, #TheyDontCareAboutUs est un hashtag. Dans Ferguson, ils ont fustigé la chanson de Michael Jackson à travers les fenêtres des voitures. À New York et Berkeley elle a été chantée et dansée par des manifestants.  Et à Baltimore, il y avait un moment magique où le chœur Morgan State University  a répondu aux protestations avec une interprétation de Jackson "Heal the World."

Le prix a déjà été payé, mais le chèque n'a jamais été encaissé. Peut-être que juste, nous devrions enfin écouter Michael Jackson.

Source : http://www.baltimoresun.com/news/opinion/oped/bs-ed-messenger-king-20141209-story.html

Je souhaite à nouveau  à tout le monde un joyeux Noël.

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